Balbec pop aventure

BalbecBalbec est une grande aventure. De la musique pop que je trouve très originale. Les sons restent dans votre tête, les lignes de guitares, le chant, tout cela vous accompagne après une bonne écoute. Si vous ne les connaissez pas, vous avez la chance de pouvoir les découvrir par deux compositions dans la radioblog. Ecoutez.

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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Balbec
- Blog Ecouter de la Musique : Si je vous dis Balbec, me répondez-vous Proust ? Avec vous, le voyage musical est assuré. Vous arrêtez-vous de temps en temps ? Et si oui, sur quel rivage préférez-vous vous installer, plutôt pop, rock, indie ?
Stéphane : Entre pop, rock et indie, je pense définitivement être indie. C’est peut-être un vocable un peu désuet, mais « pop » est à la fois trop consensuel et fourre-tout à mon sens, et « rock » trop codifié et parfois stéréotypé. L’avantage de l’indie c’est qu’il s’agit d’un état d’esprit. On sera toujours l’indépendant de quelqu’un, d’une époque, d’un style mainstream. Etre indie, c’est assumer des choix, des maladresses, et même des désinvoltures, qui ne sont pas des poses mais des affirmations de la personnalité. Si je repense à l’évolution de balbec globalement, en un peu moins de dix ans on a exploré plusieurs approches et sonorités, avec des instrumentations plus ou moins électroniques, plus rarement atmosphériques, des formats courts ou longs, mais avec certaines constantes, notamment l’importance de la mélodie vocale et de la puissance électrique. C’est ce qui colle le plus à ma culture, à ma fibre musicale, ce sont les ingrédients que je souhaite continuer à mettre en oeuvre, à mieux maîtriser, voire à pousser dans des retranchements plus affirmés.

- Blog Ecouter de la Musique : Avez-vous les mêmes références musicales ou vous disputez-vous souvent pour composer ? Qu’est-ce qui arrive en premier, le chant, la musique ?
Gabriel : Isabelle, Stéphane et moi nous connaissons depuis longtemps et dans une large mesure nous avons partagé la même éducation musicale et nos goûts se sont développés à partir d’un terreau commun. Après on a toutefois nos spécificités, nos marottes personnelles, mais elles ne sont jamais tout à fait étrangères aux autres. Stéphane vénère Black Francis, Isabelle Jesus Lizard et moi Stephen Malkmus. Bien entendu on écoute aussi d’autres musiques, on a beaucoup écouté Portishead, Stereolab, The Notwist, le Wedding Present, Joy Division et dernièrement Pinback, Phoenix et Broken Social Scene sans oublier la redécouverte des illustres aînés, les Beatles, Pink Floyd, Kate Bush,… Les influences de Laurent et Vincent sont plutôt à chercher du côté de la scène de Chicago.
Stéphane : Nos références musicales ont un sacré socle commun, issue des années étudiantes à écouter la radio, à dénicher des albums, à passer rituellement certains morceaux lors des « teufs ». Ensuite chacun a un bagage supplémentaire. Celui de Gabriel est très développé, alors que de mon côté il y a eu des moments où j’ai un peu décroché d’une écoute boulimique, peut-être aussi parce que j’ai préféré « exprimer » ce qui était accumulé en moi plutôt que de continuer à me nourrir d’inspirations sans cesse renouvelées. Mais ce qui est sûr c’est que chaque année de grands albums parviennent à me marquer durablement, et montrent la voie en m’incitant à trouver des challenges.

Gabriel : Au début de Balbec j’apportais environ 80% des compositions et Stéphane le reste. Actuellement c’est plutôt du 50/50. Je ne crois pas que l’on se dispute vraiment pour composer. Pour ma part je trouve ça très stimulant quand Stéphane propose un morceau car j’adore me prendre la tête à composer la meilleure guitare possible pour le bonifier et puis même si nos styles sont assez différents au départ, à force on se nourrit un peu l’un de l’autre et par moments je crois percevoir certains de mes gimmicks dans les morceaux de Stéphane et j’avoue que certains de ses morceaux m’inspirent. Dans la quasi totalité des cas c’est la musique qui vient en premier, je pense que cela vient de notre culture musicale qui est essentiellement anglo-saxonne.
Stéphane : Pour la composition, c’est principalement une ligne de guitare, la résonance d’un accord, qui m’inspirent un chant, qui y puisera son élan et son soutien.
C’est alors le chant qui se forme, non pas au sens des textes mais de la mélodie vocale. Je n’hésite pas à chanter en « yaourt » pour trouver des sonorités qui me plaisent, des articulations rythmiques, des enchaînements consonnes/voyelles que je trouve gratifiants… Les paroles viennent après, souvent en trouvant un sujet et en développant le champ lexical associé. J’aime bien alors jouer avec les mots, les rimes, les allitérations, les répétitions…

- Blog Ecouter de la Musique : Vous mettez longtemps pour faire un morceau ? Qu’est-ce qui fait qu’une composition de Balbec est réussie ?
Gabriel : C’est très variable. Sur le dernier album par exemple il y a à la fois un morceau comme WYSIWYG qui est une sorte de jaillissement naturel et quasi instantané composé dans l’instant, assez facilement arrangé et pour lequel les choses vont assez vite et puis un morceau comme Speechless sur lequel on a passé des mois, on s’est engouffré dans des impasses, on a dû faire marche arrière, on s’est parfois découragé. On est rentré en studio alors que certains lignes n’étaient pas complètement validées et au final c’est pour moi une des réussites de l’album.
Stéphane : Il y a 2 moments dans la vie d’un morceau pour moi.
D’abord, le moment où il est intime, non partagé, il est juste dans ma tête, je le fredonne dans la rue, je le joue seul à la guitare, je l’enregistre à la va-vite. Cette phase peut durer des années! Un morceau comme How To Achieve God-Like Status a pour ainsi dire plus de 10 ans d’ancienneté.
De même la maturation des paroles, de la structure… est parfois une longue aventure de ‘trial and error’, d’abandons, d’avancées soudaines, un processus chaotique, imprévisible, j’attends parfois que les choses se fassent à leur rythme, sans les précipiter ou m’imposer une échéance.
Puis vient le moment du collectif, où je livre un morceau au groupe, et là chacun l’adopte avec ses propres angles d’attaque, sa propre perception. Dans certains, cas, en quelques séances de répétition, une trame très solide est réalisée et il n’y aura plus que des variations à la marge. J’ai ressenti ça avec un morceau comme Cathedrals, dont la structure certes complexe a dans la pratique été cimentée en moins d’une heure de jeu collectif cumulé.

Gabriel : Une chanson de Balbec est réussie quand on part d’une bonne trame et que l’on réussit tous à s’approprier le morceau, qu’on partage ce que l’on veut en faire et l’émotion que l’on veut véhiculer. Après d’un côté plus technique souvent la batterie et la voix sont les guides qui me font rentrer dans un morceau.
Stéphane : La réussite peut déjà se jauger à une performance solo du morceau (guitare/voix). Si on se retrouve à aimer fredonner un morceau, à lui trouver du charme dans une approche dépouillée, alors on est déjà sur une bonne base. Ensuite, c’est véritablement l’alchimie à plusieurs qui donne au morceau sa vigueur, sa richesse. Malgré cela, j’ai souvent autant de plaisir à écouter une version acoustique maladroite jouée à la va-vite dans une chambre qu’une version aboutie à plusieurs et mixée avec des moyens conséquents. Ca doit être mon côté lo-fi qui ressort, j’y trouve une émotion particulière, fragile, proche.

- Blog Ecouter de la Musique : Réussir, pour vous, c’est quoi ? Si vous aviez l’occasion de rencontrer de passer une soirée avec des stars de la musique, qui choisirez-vous ? De quoi parlerez-vous ?
Stéphane : En plaisantant, on se dit parfois qu’une bonne mesure de la réussite, c’est de trouver son CD distribué dans une station service, ça prouve qu’un artiste est vraiment devenu énorme, incontournable commercialement.
A mon échelle, avoir un obscur bloggeur Américain qui décrète Pedro Bonita titre de l’année 2010, c’est ma vision de la réussite!
Gabriel : La musique a été et reste très importante dans nos vies, certains morceaux et certains groupes ont vraiment compté pour nous et parfois bien au delà de la seule sphère musicale, alors je me dis que si on peut apporter de la joie, de l’énergie, de l’émotion à des auditeurs on aura vraiment réussi.

Gabriel : Le groupe que j’ai envie de rencontrer en ce moment c’est Phoenix parce que leur parcours est vraiment exemplaire et que ça se passe vraiment maintenant pour eux et que ça doit être assez planant de retracer avec eux leur trajectoire de leurs débuts à maintenant.
Stéphane : Je me souviens avoir vu sur scène Mogwaï à Londres avec Gabriel en 1996, ils étaient encore confidentiels mais je me suis pris une grosse baffe en découvrant leur son et leur attitude. J’aimerais avoir la chance de pouvoir rencontrer, par hasard, les futurs Pixies ou Radiohead, des gens que personne ne connaîtrait et que je verrais un jour sur scène en me disant qu’ils seront « the next big thing » et qu’ils vont marquer leur temps.

- Blog Ecouter de la Musique : Qu’espérez-vous faire les dix prochaines années ?
Gabriel : Que notre musique soit écoutée et appréciée est vraiment hyper plaisant. Je sais que ce n’est pas forcément le cas pour tous les autres mais moi ce que je préfère avant tout c’est composer et jouer de bons morceaux et il y a vraiment des moments magiques quand l’alchimie du groupe opère et que tu sens toute cette force derrière toi qui te propulse. J’aime bien les concerts et le contact avec le public mais franchement jouer pendant 10 ans les mêmes morceaux ça serait un supplice pour moi. J’espère donc qu’on restera créatifs et prolifiques dans les années à venir.
Stéphane : Pour ce qui est de la pratique musicale, j’aime autant la batterie que la guitare ou que le chant. Ce sont 3 modes d’expression différents, qui nécessitent à mon goût un engagement davantage physique que technique. J’espère pouvoir continuer sur ces 3 chemins en parallèle.
Au cours de la décennie 2010, mon espoir secret serait de réussir à faire un ou deux morceaux qui deviendraient très connus : soit par un buzz sur YouTube, soit en BO d’un film, d’une pub ou d’un jeu vidéo…
Mais surtout continuer à faire des morceaux comme ils viennent, sans la contrainte d’un producteur, d’un contrat… Je serai heureux tant que l’inspiration sera là et que l’enthousiasme restera partagé avec le groupe.

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