Viva Troïka
Debout les insoumis. Depuis toujours et particulièrement en ce moment, nous avons besoin d’un bon réveil. Prise de conscience. L’endormissement est de mise, Troïka va vous faire bouger par son rock et réfléchir par ses paroles. Le seul problème est que se débarrasser d’un président ne suffira pas. Ils sont nombreux, les bougres, à manger de ce pain produit par cette république bananière. Ne rêvons pas. Acceptons sans colère et attendons ensemble le vent du changement en écoutant Troïka dans la radioblog.
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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Troïka
- Blog Ecouter de la Musique : Quand vous avez choisi le nom Troïka c’était plutôt pour faire référence au manège, au nombre 3, au triumvirat ? Qu’est-ce qui a déclenché la création du groupe ?
Troïka : Le groupe est constitué à la base d’un trio de frères. Et on a eu, comme tous les groupes ou presque, une tentation anglo-saxonne (« The Hot spot band »). Mais après avoir connu quelques mésaventures de programmation (on s’est par exemple retrouvés dans un festival country !) on a préféré chercher un nom qui levait toute ambiguïté sur notre musique et sur nos engagements politiques. Et à vrai dire, on s’est rapidement entendu sur un nom aux antipodes de l’impérialisme culturel américain. Troïka, ça évoque un épisode historique russe antistalinien : ça nous convenait plutôt bien…
- Blog Ecouter de la Musique : Quand vous composez, quel est le point de départ, un texte, la musique ? Vous participez tous ? Vous mettez combien de temps pour une composition ? Vous arrive-t-il de stopper ou de ne plus jouer une composition ?
Troïka : Pas de règle fixe et prédéfinie. Il arrive que l’un des nous amène un texte ou une rythmique, ou les deux, comme base de travail. Mais disons que le plus souvent, c’est en jouant tous ensemble que s’élaborent les rythmiques et les arrangements. La musique est donc essentiellement collective, alors que les textes sont dans leur immense majorité le fruit d’un travail beaucoup plus solitaire. Pour les textes, pas de recette ou de parcours obligé : le texte peut naître par lui-même, sans même qu’il soit conçu pour une musique particulière ou pour être mis en musique tout simplement. D’autres fois, c’est la musique qui guide le texte. Une musique entraîne nécessairement un phrasé, impose un rythme aux phrases. Et parfois, quand on compose un morceau, les paroles viennent tout naturellement, comme si une suite d’accords jouée dans un état d’esprit particulier entraînait nécessairement une suite de mots.
Le travail de composition est généralement assez rapide : ce qui sonne, sonne généralement du premier coup ou presque. Mais il nous arrive quelques fois de nous acharner sur certaines mélodies, ce qui n’est d’ailleurs pas toujours une bonne idée.
En tout cas, on essaie de garder le plus de traces possibles de tout ce que l’on fait en répète pour pouvoir, quelques semaines ou mois plus tard, réécouter les bandes et faire alors un tri « objectif », à froid. Pour découvrir alors que « le morceau génial » d’une répète s’avère être totalement désastreux une fois l’enthousiasme de l’instant retombé.
Certaines compos abouties connaissent le même sort : il nous arrive souvent de mettre un morceau de côté, de le laisser « reposer » quelques temps, avant de le rejouer… ou de l’oublier définitivement. Il y a certains titres, par exemple, que l’on ne joue pas du tout sur scène parce qu’on arrive pas à recréer une alchimie chanceuse qui avait pu se produire en studio. Il y a également quelques titres (plus rares heureusement) qui ne nous plaisent plus ou pas : un morceau comme « L’air de jouir » est symptomatique. On aime beaucoup son texte, la rythmique de base est bonne, le solo guitare est intéressant… et pourtant le morceau n’est pas bon, il ne nous a jamais vraiment convaincus. On n’a jamais réussi à en faire quelque chose qui nous plaise totalement, alors on l’a laissé tomber. Pour le moment : il y a de grandes chances qu’on s’acharne encore dessus à l’avenir…
- Blog Ecouter de la Musique : Qui représente le mieux la liberté dans le monde de la musique ? Si je vous dis ministre de la culture, télévision, radio, vous me dites ?
Troïka : Léo Ferré représente et représentait à nos yeux la démarche engagée la plus enthousiasmante. Il incarnait la liberté et l’indépendance. Et s’il y avait une figure à retenir, ce serait celle-ci. A l’heure actuelle, forcément le nom de Noir Désir symbolise aussi l’engagement mais, plus globalement, tous les artistes qui prennent des risques – par exemple celui de chanter en français des textes qui ne parlent pas uniquement d’amour – incarnent pour nous la liberté et plus globalement ce que se doit d’être toute démarche artistique : une prise de risque, un morceau de liberté et d’indépendance arraché à la pensée unique et au conformisme. Se pose alors le problème du statut des artistes, leur indépendance et le libre téléchargement. Notre position est assez radicale : nous refusons les prébendes de notre création artistique. Qu’on ne se gêne surtout pas pour piller et télécharger notre musique : ce n’est pas une propriété privée !
Pour le ministre, Jack Lang, forcément, pour ce que la gauche a incarné dans les années 80 (la fête de la musique notamment, qui était alors autre chose qu’une fête de cafetiers et de commerçants, et l’ouverture de la bande FM aux radios libres). A la télé, on est client de Tracks, à la radio de Daniel Mermet et plus globalement de toutes les interventions de Michel Onfray à la radio ou à la TV.
- Blog Ecouter de la Musique : Votre rock est revendicatif, seulement critique ou carrément révolutionnaire ? Si vous teniez le gouvernail du pays, quelle serait votre première décision ?
Troïka : Le rock est à la base une insoumission, un refus de l’ordre établi (comme toute création d’ailleurs). Il nous est impossible d’envisager de créer sans donner à cette création une dimension subversive. Cependant nous ne sommes pas totalement naïfs : notre musique ne révolutionne pas grand chose, mais nos textes ont la volonté de porter les traces de notre engagement politique et citoyen. Monter sur scène, se produire dans les concerts, diffuser sa musique est un luxe incroyable quand la parole est confisquée dans les médias. Alors c’est pour nous l’occasion de rappeler, par exemple, notre opposition absolue au système libéral et capitaliste. Mais notre démarche n’est pas révolutionnaire : prendre une guitare pour chanter sa colère n’est pas un geste d’une nouveauté formidable et nous sommes conscients des limites de l’entreprise. Il est assez vain de vouloir renverser un système politique (a fortiori mondialisé) avec une chanson et nos concerts ne sont pas des meetings politiques. Mais tout de même… les révolutions ont leurs chants et ce n’est pas tout à fait par hasard si résonnent dans les manifs des couplets de chansons de révolte.
Quant à notre première décision gouvernementale… On en voit deux ! Nationaliser les banques et déclarer trois jours de fête nationale pour avoir réussi à se débarrasser de l’actuel président.
- Blog Ecouter de la Musique : Demain, que faites-vous ? Qu’est-ce que l’on peut vous souhaiter ?
Troïka : Demain, comme les autres jours (hélas) nous irons travailler pour gagner un salaire et donc notre indépendance musicale. Il a toujours été hors de question pour nous de songer à vivre de la musique. On souhaite vivre pour la musique, pas l’inverse.
Et puis bien sûr, comme tous les jours (chouette), nous irons sur le blog Ecouter de la Musique.
Conclusion de Troïka :
Un grand merci pour cette interview. Et bravo pour tout le mal que vous vous donnez pour faire vivre la musique. A très bientôt, dans une salle de concert.

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