Jean-Pierre Nouvel compositeur classique
Une nouvelle fois, mon parcours avec Ecouter-musique.fr me fait rencontrer quelqu’un de délicieux. Le raffinement de sa musique est égal à celui de son contact. J’ai l’honneur de vous présenter Jean-Pierre Nouvel, auteur compositeur de musique classique. Mais pas seulement. Car Jean-Pierre a connu de nombreuses et diverses expériences. De directeur d’une agence de crédit à chanteur lyrique, j’en oublie certainement. Le personnage a une envergure rare et sa musique est à écouter en urgence.
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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Jean-Pierre Nouvel
- Blog Ecouter de la Musique : Vous êtes possédé par la musique. Mais par où est-elle entrée, le coeur, l’esprit, l’oreille ? Y a-t-il quelqu’un sur terre capable de vous exorciser et faire sortir la musique de votre corps ?
Jean-Pierre Nouvel : Avant toute chose, je vous remercie beaucoup de me recevoir. Par où entre la musique ? Toutes les fenêtres sont grandes ouvertes, oreilles, esprit, et les yeux qui contemplent la vie. Je ne suis qu’un atome participant à la vie universelle, comme le font, chacun à leur manière, des milliards d’humains. Je traduis en sons ce que je ne saurais pas exprimer autrement : mon émerveillement devant l’univers infini, ma curiosité pour l’au-delà ou les mythes, mon amour de la vie, mes colères. Lorsque je n’aurai plus envie de témoigner ou lorsque mes doutes sur mon aptitude à faire cette traduction l’auront enfin emporté, je m’arrêterai aussitôt d’écrire. Mais cela n’a rien d’un exorcisme !
- Blog Ecouter de la Musique : De votre parcours aux métiers divers, quelle est l’expérience qui a enrichi le plus votre musique ? Est-il possible de cumuler job de tous les jours tout en s’investissant au maximum dans la musique ?
Jean-Pierre Nouvel : En fait, j’ai toujours développé des formes de communications qui se sont sans doute enrichies l’une l’autre : dans le marketing, dans les ressources humaines, et dans la musique. Je vous avoue qu’il m’est arrivé jadis de pratiquer le mélange des genres. Lorsque je dirigeais l’agence d’une société de crédit, mes collaborateurs, ma hiérarchie ou mes clients venaient aussi assister à mes concerts (à l’époque j’étais chanteur lyrique). Cela a pu me valoir quelque indulgence ou faveur des uns ou des autres. Ce type de double vie est plus courant que l’on croit : j’ai été longtemps en relation professionnelle avec une importante société financière dont le président, excellent clarinettiste, se produisait régulièrement au Petit Journal à Paris. Lorsque j’ai du quitter la région et l’environnement exceptionnellement favorable dans lequel je baignais et chantais, cela fut plus difficile. Ne pouvant plus chanter, ma toute première intention d’enfant est revenue au galop : composer. Tout faire en même temps et le mieux possible fut un long et difficile apprentissage.
- Blog Ecouter de la Musique : Comment se déclenche le processus de composition ? Vous isolez-vous pour écrire ? Le syndrome de la feuille blanche, vous connaissez ? Y a-t-il un musicien avec lequel vous aimeriez converser et que vous n’avez pas encore rencontré ?
Jean-Pierre Nouvel : C’est une lente, souterraine et asymptomatique maturation, au terme de laquelle surgit d’abord la décision d’écrire ceci ou cela ! Cela se produit en général lors d’une marche matinale quotidienne, sur les petits chemins de l’une des collines de Nice où je demeure. Une fois la décision prise, le processus de création suit … le même chemin. Pour éviter la page blanche, je m’impose une discipline d’écriture quotidienne ou presque ; mais cela ne prémunit jamais de buter trois jours sur deux mesures. Parfois, même en voulant conserver le moins mauvais, il ne reste rien.
Converser avec un musicien ? Je ne peux exclure ceux qui sont partis ! J’aurais aimé regarder vivre et travailler Richard Wagner, sans rien oser lui demander. J’aurais beaucoup aimé rencontrer le compositeur danois Rued Langgaard (disparu dans les années 50). Je regretterai toute ma vie de n’avoir jamais pu interroger le baryton allemand Dietrich Fischer Dieskau ; l’un des plus grands interprètes du 20ième siècle et un homme d’une immense culture musicale… Pour ne pas me limiter à des artistes hors de portée géographique ou disparus : Yves Rinaldi, un compositeur cultivé, jeune (en tout cas, bien plus que moi) ; en lui, je reconnais un grand mélodiste, de la même veine qu’un Henri Duparc.
- Blog Ecouter de la Musique : Vous écoutez de la musique dans les médias, internet, radio, télévision ? Appréciez-vous la musique contemporaine ? Cette musique est très éloignée de l’auditeur moyen. Pensez-vous que les musiciens à la pointe de ce mouvement vont continuer à creuser l’écart ou au contraire, l’oreille du peuple va-t-elle s’affiner ?
Jean-Pierre Nouvel : Oui, j’écoute un peu tout cela. Internet offre le plus grand choix. Sur Naxos, moyennant un abonnement annuel très faible, vous pouvez écouter à peu près tous les compositeurs enregistrés de la planète. En dépit de quelques rares et bonnes émissions, radio ou télévision me déçoivent souvent ; on tourne sur une vingtaine d’extraits d’oeuvres classiques, choisies par conformisme ou paresse.
La musique contemporaine ? Que met-on dans cette catégorie ? Des compositeurs qui écrivent en ce moment, ou bien des gens que l’on pourrait définir par un mode d’expression musicale qui aurait jeté par dessus bord toute la « vieille musique » ? Contemporaine ou non, j’ai besoin d’écouter une musique que je puisse, certes, intellectuellement comprendre, mais qui accélère aussi les battements de mon coeur, qui me fasse parfois suffoquer, qui me donne l’impression d’être meilleur que je ne le suis. Une musique qui me parle et dans laquelle je communie.
Je ne crois pas qu’un écart puisse vraiment se creuser, même si je ne sais pas ce qu’est un auditeur moyen. Après 1911, ceux qui ont commencé à s’enfermer dans le système sans issue du dodécaphonique ont voulu tuer ce qui faisait l’essentiel de toute musique : une ligne mélodique. Ils n’ont pas creusé d’écart, mais ils ont construit des « intervalles » ! Vers la fin de sa vie, Schönberg a reconnu, paraît il, qu’il « restait encore tant de belles choses à écrire en do majeur ». La musique survit à tout. Comme la nature, elle fait des essais, elle abandonne, creuse des pistes. L’oreille s’éduque, même si cela s’estime en générations. L’environnement et l’ouverture d’esprit sont essentiels. L’évolution de l’oreille ne se décrète pas non plus : dans la polyphonie médiévale, les intervalles d’octave, de quarte ou de quinte étaient considérés comme intervalles parfaits mais la tierce a du attendre presque jusqu’à la fin du 16ième siècle pour être admise dans un accord final. Mais de toutes les façons, nul n’est tenu, parce que cela poserait son mélomane indulgent et compétent, de tout aimer.
- Blog Ecouter de la Musique : Pouvez-vous nous dire si vous avez un projet en réalisation ? Si nous vous donnions un voeu à réaliser, quel serait-il ?
Jean-Pierre Nouvel : Oui, un opéra inspiré de la vie de Saint Padre Pio : « Padre Pio e la Notte Oscura » (Padre Pio et la Nuit Obscure). Une vie inexplicable, pleine de fureur et de bruit, en permanence aux frontières du surnaturel et ouverte sur l’infini. J’ai achevé le premier acte et l’ai fait enregistrer. Je compose en ce moment le second. Bonne idée, « Monsieur Aladin », de m’offrir les services de votre lampe magique ! S’il vous plait, faites que je trouve vite les ressources financières pour financer ce second acte, chanteurs et studio compris. Merci d’avance.
Conclusion de Jean-Pierre Nouvel :
J’oublie presque toutes les citations qui mériteraient d’être conservées. En voici tout de même une dans laquelle me grand Leonard Bernstein parle décrit la mission qu’il assigne au compositeur : « La clé du mystère d’un grand artiste, c’est que pour des raisons ignorées de lui et de quiconque, il mettra en avant son énergie et sa vie juste pour s’assurer qu’une note suivra inévitablement une autre. En agissant ainsi, le compositeur nous laisse à la fin avec la sentiment que quelque chose est d’aplomb dans le monde, quelque chose en quoi nous pouvons croire et qui ne nous laissera jamais tomber ».

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