Projet Hajra electro libre
De la culture, de l’ambition, du beat, de l’inspiration. Ajoutez à cela une épice rare, un je ne sais quoi qui vient de nulle part. Et qui fait passer Projet Hajra comme venant d’ailleurs. Peut-être est-ce le futur ? C’est cela. Quand j’écoute Projet Hajra je plonge dans le futur. Et c’est une eau douce, chaude qui s’écoule le long de mon corps. Du très bon ce Projet Hajra à écouter en urgence dans la radio blog.
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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Projet Hajra
- Blog Ecouter de la Musique : Expliquez-nous ce qu’est le « Projet Hajra », qui êtes-vous, d’où venez-vous ?
Projet Hajra : Le Projet Hajra a démarré il y a deux ans maintenant, et c’est la mise en musique des conceptions artistiques de ses deux membres principaux, Sarfa et Olki, grâce au son, à la vidéo et à l’image. Au-delà de cet aspect c’est également la retranscription de nos parcours, des rencontres et du travail avec d’autres artistes musiciens, graphistes, vidéastes, principalement sur Paris, Genève, Toulouse et Marseille… Etant plutôt nomades, physiquement autant que mentalement, nous n’aimons pas mettre en avant de localisation précise et préférons nous définir comme habitants du monde, voire de la Zone Mondiale pour faire référence à nos premières amours musicales. Car est-ce vraiment si important, d’ou l’on vient ? Pour les autres, en tout cas ? Pourquoi on demande jamais (et je dis pas ça pour ta question, hein, c’est un constat général !) Vous voulez aller où ?
D’ailleurs, «Hajra» est un mot tiré du livre «Dune» de Frank Herbert, et qui signifie voyage spirituel, voyage de recherche. Il invite à toucher l’horizon, à regarder au-delà de nos murs et de nos chaînes, qui sont d’ailleurs le plus souvent mentales. Le Projet Hajra est là pour essayer de passer outre ces barrières que tout un chacun, (nous les premiers), a confectionné pierre après pierre dans un coin secret de son cerveau. Pour nous c’est à la fois une forme de thérapie personnelle et un geste un tant soi peu militant. Cet «anonymat géographique» nous aide également à préserver notre «Zone d’Autonomie» artistique, notre sanctuaire, considérant que faire de l’art, aujourd’hui, c’est lutter contre les étiquettes et les représentations stéréotypées – façonnées par les vendeurs, pas par les artistes, et l’industrie du disque est en train de crever à cause de ça, pas à cause du piratage-. C’est voler du temps pour soi au travail, à la télé, à la société. Se créer une bulle un peu coupée du monde, pour pouvoir
la partager et l’ouvrir par la suite. Nous aimons assez ce coté cellule clandestine, qui frappe et qui apparaît là ou on ne l’attend pas, et ou l’art est vécu comme une action, une revendication, pas seulement un passe-temps consumériste comme un autre.
- Blog Ecouter de la Musique : Le mystère serait-il le point central de votre musique ? Si le monde était clair, l’art ne serait pas. Pourquoi cité Albert Camus sur votre page MySpace ? Vous semblez aimer la science fiction, citez-nous vos livres de chevets et dites-nous pourquoi ceux-ci ?
Projet Hajra : Je ne pense pas du tout que le mystère soit le point central de notre musique. Nous donnons des références, souvent explicites, parfois implicites. Si un auditeur perçoit ces références, tant mieux, c’est que nos univers respectifs, à un point donné, se croisent et s’entremêlent, et dessinent un partage, des affinités, une culture commune. Si ce n’est pas le cas, no problème, tu peux kiffer notre son simplement pour ce qu’il est, c’est à dire juste de la musique !!! Malgré ces références artistiques, littéraires, cinématographiques, politiques aussi en un sens, même si nous nous méfions de ce mot, nous n’avons pas du tout une démarche élitiste ; notre but c’est d’abord et avant tout que notre son puisse permettre de s’évader, de se libérer, ou bien de se défouler, de faire la fête, de réfléchir… Que l’auditeur puisse y puiser ce qu’il a besoin ou envie au moment X où il écoute notre son. Tant qu’il y a cette interaction, c’est du partage, c’est tout bon.
Pour te répondre sur la citation d’Albert Camus, c’est que nous partageons, tout simplement, la conception du monde et de l’art que cette phrase exprime : le monde n’est pas clair, chacun peut l’éprouver dans sa vie quotidienne, le voir aux infos, le ressentir dans sa chair chaque jour qui passe. L’art est là , quand nous sommes prisonniers de nos certitudes, de nos routines, de nos jugements, pour rappeler que le monde n’est pas clair. Et les grands artistes sont ceux, qui, parfois, parviennent, même très partiellement, même avec la force ténue d’une flamme de bougie, à l’éclairer un tant soi peu (Baudelaire parlait de Phares, à leur propos).
Toutefois nous avons mis cette citation dans un contexte bien précis : c’est à propos de la «demeure du Chaos», située dans une banlieue huppée de Lyon, à St-Romain-du-Mont-d’or, où un artiste du nom de Thierry Erhmann a entreposé plus de 2900 oeuvres d’art, mettant en scène selon ses termes «le chaos alchimique de notre 21ème siècle, tragique et somptueux». C’est une «Factory» d’art unique et incroyable, un musée à ciel ouvert, gratuit, connu internationalement, qui attire chaque année 120 000 visiteurs. Il se trouve que la municipalité où se situe sa demeure-oeuvre ordonne sa destruction et la remise en état du site, sous couvert du code de l’urbanisme. Parce que son oeuvre dérange, qu’il gratte là où ça fait mal. A notre avis de tels lieux doivent exister et se perpétuer. Ils devraient même se multiplier, parce qu’ils sont des témoignages de notre temps, des témoignages historiques bien plus crédibles que les futures archives des informations officielles des JT de 20h qui ne rendent compte que de la parole des pouvoirs en place, en démocratie comme ailleurs ! Bref si vous voulez plus d’infos là -dessus il suffit de cliquer sur la bannière présente sur notre myspace, qui vous redirigera sur le site www.demeureduchaos.org. Il y a une pétition on-line à signer. Le tribunal de grande instance de Grenoble, après le réquisitoire du procureur le 17 Novembre, doit rendre sa décision le 16 Décembre. Allez faire un tour sur le site si vous ne pouvez vous y rendre physiquement, c’est vraiment à voir.
Enfin pour ce qui est de la science-fiction, c’est effectivement un genre littéraire et cinématographique qui nous inspire particulièrement, et s’il fallait expliquer pourquoi je crois qu’on pourrait l’expliquer sur des pages et des pages ! Pour te citer quelques bouquins, ceux qui nous ont le plus marqué, il y a «Dune», de Frank Herbert, «le meilleur des mondes» de Aldous Huxley, «fahrenheit 451» de Ray Bradbury, le cycle des robots de Asimov, Philip K; Dick …
- Blog Ecouter de la Musique : Qu’est-ce qui vous inspire, à quoi pensez-vous quand vous composez ? qu’écoutez-vous en ce moment ? Votre musique est originale et votre démarche très cérébrale. N’êtes-vous pas un peu en avance sur votre temps ?
Projet Hajra : Difficile de dire ce qui nous inspire au moment même de créer. Au niveau de nos références musicales, elles sont très éclectiques, du punk au hip-hop en passant par la drum n’bass, la soul, le jazz, le métal, le ragga, l’électro, le trip-hop… nous aimons les sons qui nous font vibrer, qu’elle que soit l’étiquette … c’est pour ça que quand vient le moment de produire un son, c’est simplement que nous avons quelque chose à partager, à exprimer, parce que nous le ressentons au plus profond de nos tripes. Ça doit sortir, quoi. Une corde doit vibrer. Un malaise comme un bonheur, l’envie d’être ailleurs, une exaltation, un état dépressif, une satisfaction ou le sentiment d’une injustice… les mots ne décrivant la réalité que très partiellement, on se sert donc des autres outils et matériaux que nous avons à disposition pour traduire ce qu’on ne saurait exprimer que de façon très lacunaire… Et en même temps nous ressentons qu’il ne pouvait en être autrement. Il fallait que ça sorte, Le son, les images, les vibrations… Le concept du Projet Hajra peut paraître cérébral, en tout cas il est réfléchi. Mais notre musique, elle, au contraire, est plutôt instinctive, un genre de cri de libération.
Original, en avance sur notre temps… waw nous prenons ça comme un vrai compliment en fait. Mais nous n’en savons rien, et d’autre part ce n’est absolument pas le but… C’est juste du son qu’on aime produire, et que nous avons envie de faire partager. Nous pensons effectivement que c’est une fusion et une alchimie intéressante parce qu’un peu inédite, nouvelle, et que l’époque est plus à «l’hyper-spécialisation» qu’au mélange, en tout cas dans les musiques électroniques, ce qui est à notre goût un signe de fermeture et de ghettoïsation plutôt que d’ouverture. En ce moment on écoute beaucoup de choses, dans différents styles ; du hip-hop anglais -le dernier album de the Streets, Mitchell Brothers, des trucs un peu plus soul aussi, genre Nneka, Asa, du Yann Tiersen pour la qualité des orchestrations et des mélodies, Smooth, des choses un peu plus légères, comme M.I.A., ou du gros son électro à la Boys Noize, du Waldeck, du Archive pour planer, un bon vieux Brand New Heavies ou Tower of Power de temps en temps, du Oxmo pour les textes… ça dépend tellement de l’humeur du moment, de l’état d’esprit… ; il existe tellement de sons de qualité, on a tellement accès à la musique facilement aujourd’hui, des trucs de n’importe quel coin du monde, de n’importe quelle époque, il y a tellement de connexions et de mélanges, de métissages qui sont en train de s’opérer partout, que c’est exaltant et en même temps un peu frustrant ; il est parfois difficile de canaliser la boulimie permanente de découvrir des sons originaux, nouveaux, frais, excitants, alors qu’il est nécessaire, pour apprécier la musique plus profondément et respectueusement, savoir prendre le temps d’écouter un artiste ou une oeuvre qui en vaut la peine avec attention et régularité, sur la durée d’un ou plusieurs albums, et sur un support correct, pas simplement deux ou trois MP3 mal compressés glanés par-ci par-là , de ressentir vraiment, de savourer… d’écouter, pas seulement d’entendre…
- Blog Ecouter de la Musique : Dans notre monde, qu’est-ce qui vous fais sourire, pleurer ? Qu’est-ce qui manque cruellement à notre époque ? Vous aimeriez passer sur le petit écran ? Que pensez-vous de la musique dans les médias ?
Projet Hajra : Nous sommes toujours contents quand nous voyons des gens se battre et se lever pour refuser l’ordre des choses, individuellement ou collectivement. Quel que soit le contexte. Pour revendiquer leur existence, leur passion, leur droit à la paix, à la nourriture, à la dignité ou à la justice. A la liberté. Mécontents quand ils échouent ou sont empêchés même de se lever ou de s’exprimer. Malheureusement nous avons perdu, je crois, l’innocence qui donne la faculté d’en sourire ou d’en pleurer. Eprouver de la colère, voire de la rage, ou au contraire un sentiment d’exaltation, ou de vague satisfaction pourquoi pas. Mais rire ou pleurer sont des choses qui touchent plus à notre intimité, dans la plupart des cas, et à des choses finalement plus insignifiantes parce qu’elles ne concernent que notre propre petite personne ou notre entourage proche… mais ça ne doit pas être vrai que pour nous, vraisemblablement…
Pour ce qui manque cruellement à notre époque… difficile à dire. Je crois que nous l’aimons assez, cette époque, en fait. C’est clairement un temps de transition, incroyablement complexe, rapide, riche en un sens. Dérisoire et tragiquement absurde, futile en un autre, mais passionnant, à tous points de vue. Et laissant augurer le pire comme le meilleur. Et toutes les cartes sont entre nos mains, à chacun d’entre nous.
Passer sur le petit écran… c’est encore le média de masse par excellence, mais c’est en train de changer. Tout ce que l’on voit à la télévision est tellement soumis à des contraintes qui dépassent l’artistique, tellement formaté, prémâché… ceci dit je pense qu’internet est en train de largement la supplanter autant au niveau de l’information que de la culture, et cela devient un vecteur de communication autrement plus intéressant, d’autant plus qu’il permet de faire preuve d’esprit critique, de rechercher, de vérifier les sources, de les confronter. Et d’échapper (pour le pire, et le meilleur, encore une fois, c’est vrai) à la censure ou à l’autocensure, ce qui est impossible à la télévision, ou en tout cas de plus en plus difficile.
Bref pour revenir à ta question si on nous en donnait l’occasion, pourquoi pas. Si cela pouvait nous aider à vivre décemment de notre art, on ne cracherait sûrement pas sur une occasion de promotion, on ne va pas se voiler la face ! A condition qu’on puisse garder un degré de contrôle suffisant sur ce qui sera diffusé, et dans quel contexte. Il y a des émissions qui donnent une vision honnête et crédible des artistes qu’elles présentent, genre trackx sur Arte, par exemple, en plus d’échapper un tant soit peu aux standards mainstream habituels. Mais bon ce n’est pas un but en soi, en tout cas.
Pour ce qui est de la musique dans les médias j’ai partiellement répondu, du coup. Tout le monde sait ce qu’il en est aujourd’hui. La diffusion des artistes, leur reconnaissance, les passages radios, les plans-média, c’est enfoncer une porte ouverte que de répéter que c’est avant tout une question de hype, d’image, de monopoles, de fric bien sûr, de parts de marché, de connaissances… c’est comme ça, et il faut faire avec. Parce que c’est malheureusement la seule façon de pouvoir espérer en vivre sur la durée. Essayer de trouver les bonnes armes, les bons leviers, (nous on cherche, encore, hein, si quelqu’un a un tuyau
) forcer les portes, en essayant de rester soi-même. Mais au-delà de ça, c’est aussi se trouver au bon endroit, au bon moment. Et étant sincère et intègre, avec du taf de qualité. Un peu d’avance sur son temps, si possible : )
- Blog Ecouter de la Musique : Qu’avez-vous comme objectif pour l’année 2009 ? Si je vous dis réussir, vous me dites ?
Projet Hajra : Jouer le plus souvent possible, en se faisant plaisir. Faire du fric en faisant ce qu’on aime, et le réinvestir pour faire ce qu’on aime, (de la musique ou autre chose) ou donner l’occasion à d’autres de faire ce qu’ils aiment. Pouvoir passer de plus en plus de temps à faire du son, et à le partager! En vivre, même de façon à moitié décente !!!
Conclusion de Projet Hajra :
En conclusion, après le chapître I, « le théâtre des enfants fous », bientôt le début du chapitre II pour le Projet Hajra… affaire à suivre, fidèles auditeurs (actuels et futurs) !
Sinon merci pour les questions, qui étaient très intéressantes.
Enfin, Projet Hajra est en live le samedi 13 Décembre au Piment Rouge à Genève, avec 6lyss (Madrid), DJ Rolla et Miss ly one. Si vous habitez pas trop loin venez donc faire un tour, d’autant plus que c’est un des derniers lieux alternatifs qui passe du son de qualité pour pas trop cher sur Genève. Et qu’il se bat pour sa survie face aux autorités, et qu’il faut activement les soutenir !!!
A bon entendeur… A bientôt !

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