Giuliani art

GiulianiRoberto Giuliani est hors norme. Ne cherchez pas d’équivalence, le personnage est unique. Il est plutôt rare de rencontrer un peintre musicien ou un musicien peintre qui maîtrise aussi bien l’oreille que l’oeil. Car je pense sincèrement qu’il s’agit là avant tout d’une qualité exceptionnelle de perception associée à une grande intelligence. Oui, il faut de l’intelligence et un imaginaire fertile pour retranscrire ses sensations profondes. Le monde est divers. Et il est nécessaire que des êtres comme Roberto touchent nos sens pour nous le rappeler. Ecoutez.

Visitez le site de Roberto Giuliani

2 Ecoutes, cinq questions, interview de Giuliani
– Blog Ecouter de la Musique : Quand vous vous réveillez le matin. Vous vous dirigez vers votre chevalet ou plutôt vers vos gongs ? Quels sont les chemins que vous avez suivi pour pratiquer peinture et musique à un tel niveau ?
Giuliani : J’essaye d’être structuré dans ma démarche artistique et même si la peinture est première, je me dirige vers les gongs. Je commence la journée en me plongeant dans les vibrations et les sonorités par une recherche de percussion, voire une séance d’enregistrement puis je rejoins mon atelier pour le reste de la journée.

La peinture et la créativité ont toujours été présentes, elles ne m’ont jamais quitté depuis mon enfance. Je suis passé par une école d’art (Arts Décoratifs de Genève) ce qui m’a permis d’acquérir une structure solide en dessin et en graphisme. J’ai commencé la batterie vers 13 ans, début des années 70 en jouant sur les Beatles et Jimi Hendrix. J’étais batteur d’un groupe, nous jouions comme ça, sans nous poser de questions, des trucs à nous, du Led Zeppelin, du Deep Purple… Nous organisions des concerts et des petits festivals. Avec notre organiste, nous nous intéressions au rock progressif, King Crimson, Yes, Emerson, Lake and Palmer, Genesis. C’est en écoutant les batteurs comme Carl Palmer, Bill Bruford ou Christian Vander de Magma que j’ai décidé de travailler sérieusement la batterie. J’ai rejoint une Harmonie municipale pour acquérir une technique de tambour et j’ai pris des cours avec des batteurs de jazz. Je devais avoir 16-17 ans, c’était la période jazz-rock. J’ai beaucoup écouté de jazz moderne ou expérimental, les batteurs Tony Williams et Billy Cobham. Dès que je sortais des cours des Arts Déco, je rejoignais ma batterie pour travailler avec des partitions, des rythmes funk et jazz-rock et je participais à des jams avec divers musiciens. Les années 80 sont arrivées, nous avons renoué avec le rock et surfé sur la new wave. Cela m’a permis de jouer plus simplement, plus librement, comme à mes débuts. Plusieurs groupes, beaucoup de concerts allant du squat au festival de Montreux en passant par des concerts en direct à la radio et quelques interventions sur des vinyles. J’ai réalisé des musiques de films ainsi que des décors et des peintures pour des courts et longs métrages et présenté ma première exposition personnelle en 1984.

Dans les années 90, j’ai arrêté la musique pour me consacrer à l’art en traversant une période philosophique et spirituelle. Accompagné des philosophes, des compositeurs classiques et contemporains, nourri de manière substantielle par une manne philosophique et divine, par les symphonies et les oeuvres sacrées, j’ai pu entreprendre mon long parcours pictural à la recherche de l’essence, de la matière et de l’esprit. Un travail de dix à quinze heures par jour de peinture durant plusieurs années. En 2005, le besoin de retrouver les sons des percussions s’est fait sentir. Je suis parti à la recherche des sonorités des gongs asiatiques et occidentaux (chao gong, symphonic gong), d’une batterie et de cymbales (china type). La manière de jouer sera artistique, je ne penserai pas musique, me disais-je. Je penserai vibrations comme la couleur, traces comme la peinture, lumière comme certaines sonorités. Chercher un langage, laisser éclore des rythmes intérieurs et abstraits qui se grefferont parfois sur les bases d’un rythme africain ou d’un rythme de fusion. Ma démarche artistique et percussive traversera les couleurs qui s’écouleront sur les cymbales et la matière tissée d’harmoniques et de résonances. Les toiles et les oeuvres d’art se laisseront interpréter et se mettront à dialoguer avec les sons des tambours, des gongs, des cloches et des cymbales.

– Blog Ecouter de la Musique : Ce sont les même pensées qui traversent votre esprit quand vous peignez et quand vous jouez ? Qu’est-ce qui vous absorbe le plus, vous demande le plus de concentration, la musique, la peinture ? Qui ou quoi nourrit votre imaginaire ? Vos passions doivent vous prendre beaucoup de temps, en reste-t-il assez pour la famille et les amis ?
Giuliani : Ce sont des pensées philosophiques, mystiques, liées à l’être et à l’existence qui me traversent lorsque je peins. J’essaie d’être en relation avec l’énergie, avec la force de création de l’univers présente en nous. En percussion, j’essaie de rester dans la même attitude, en dialogue avec mes toiles, en me laissant imprégner de l’énergie des vibrations et des harmoniques complexes des gongs. La peinture implique pour moi une forte concentration, voire une méditation, car les actes, les coups de pinceaux doivent être ressentis, vécus pour atteindre ce que j’ai à dire et me dépasser. En percussion, la concentration est indispensable, j’essaie de rester constamment présent et créatif en vivant chaque coup de baguettes. J’ai l’impression que mon imaginaire se nourrit à une source chargée de futur et de passé. Il se nourrit de l’art des ténèbres dans les grottes de la préhistoire, de l’art des Cyclades et des Etrusques, des mythes et des symboles de l’humanité. Il se nourrit aussi bien à la Galerie des Offices de Florence avec les oeuvres de la Renaissance que dans les rues d’une grande ville au milieu de la multitude. Il se nourrit de la musique de Messiaen pour la série de peintures « Louange », de la musique de Gorecki, Rautavaara, Tavener, Kernis… Il se nourrit à une source créative que les philosophes grecs nommaient « Logos » : l’expression, le concept créateur, la force de communication. Par ailleurs, j’essaye d’être structuré dans ma création afin de garder du temps. Même si j’ai la chance de partager ma vie avec une femme charmante et compréhensive qui malgré sa vie professionnelle chargée aime m’aider lors d’expositions et de concerts, j’essaye de ne pas vivre trop à contre-courant, ne pas devenir un artiste qui ne sortirait de son atelier que lorsque les autres sont couchés et qui ne croiserait plus personne.

– Blog Ecouter de la Musique : Quels sont les événements, les hommes qui ont été déterminants dans votre construction artistique ? Si vous aviez la possibilité d’avoir une discussion avec un grand artiste disparu, qui serait-il et de quoi parleriez-vous ?
Giuliani : J’avais 14 ou 15 ans, je dessinais beaucoup, je me souviens d’un professeur de dessin, un artiste connu, Jean-Claude Prêtre, qui m’a dit : qu’est-ce que tu feras plus tard ? Tu dois continuer, tu as du talent ! La simple rencontre avec l’art et la musique, une sorte d’auréole de son, de lumière et de bien-être !
Une discussion ? Peut-être avec un homme de la préhistoire, un artiste de Lascaux, j’essayerais de comprendre son univers, ses signes mystérieux. Peut-être avec Tony Williams, j’essayerais de dialoguer avec lui dans un duo de batteries. Peut-être avec Picasso ou Matisse, j’essaierais de comprendre comment ils s’y sont pris pour aller vers le plus simple. Peut-être avec Messiaen, j’essayerais de comprendre sa vision des couleurs dans sa musique.

– Blog Ecouter de la Musique : Votre site internet est très bien réalisé. En êtes-vous le webmaître ? Le web a un impact sur votre démarche artistique ? Serait-il possible que les musées de demain soient numérique ? Vous donnez des cours, transmettre votre savoir est important pour vous ?
Giuliani : Je suis le webmaster de mon site, je préfère, mais c’est personnel, le terme de webdesigner car il comporte une notion de dessin et donc de graphisme, part essentielle d’un site. La présentation est simple avec un graphisme aéré et une navigation fonctionnelle qui laissent la place aux oeuvres d’art et aux vidéos de percussion. Le web n’a pas d’impact direct sur mes oeuvres et ma démarche artistique car je ne crée pas directement pour le web. Par contre, le web a très nettement modifié mon rapport avec le public et les galeries, c’est de toute évidence une ouverture sur le monde, un formidable moyen de communication. Pour la percussion, le web me rend libre, je peux présenter un aperçu de ma démarche par des vidéos, des photos et des mp3 sans passer par un label. Avant le web, l’artiste restait coincé dans son milieu avec un entourage qu’il n’avait pas forcément choisi. Désormais, l’artiste peut s’exposer lui-même de manière plus internationale, sans être obligé de passer par une galerie. C’est souvent les galeristes ou les collectionneurs qui contactent l’artiste mais le web ne permet pas le contact direct avec l’oeuvre d’art, la toile ou l’objet. Il est essentiel pour un artiste d’exposer dans les galeries et d’entrer en relation avec un public qui puisse réellement être en présence des oeuvres.
Je pense que le web restera un outil et que les musées resteront le contact avec l’objet. J’ai failli dire réel à la place d’objet, mais qu’est-ce que le réel ? Exposer sans délai, sans contrainte, de manière virtuelle des oeuvres à peine sorties de l’atelier qui peuvent rendre compte de la création du moment, ou exposer dans un musée les vraies oeuvres qui doivent d’abord passer par l’organisation de l’événement et l’éventuelle sélection avant d’être présentées ?
Je donne des cours à mon atelier et dans le milieu social aussi bien à des personnes qui ont déjà un parcours artistique et qui ont besoin d’évoluer, qu’à des personnes qui sont fragilisées par leurs parcours de vie. Plutôt que donner des cours, je préfère dire que je fais participer les personnes à l’art, à la création en leur apportant une vision et des techniques artistiques contemporaines dans un souci de liberté. C’est important pour moi de transmettre, c’est presque devenu un équilibre.

– Blog Ecouter de la Musique : Que pouvons-nous vous souhaiter ? Avez-vous un rêve à réaliser ?
Giuliani : Continuer avec joie à développer peinture et musique dans une recherche profonde pour dire les choses avec toujours plus de justesse, rester créatif, ne pas m’endormir sur des acquis, me dépasser pour évoluer. J’aimerais terminer mes enregistrements de percussion, réaliser des CDs avec ou sans label, continuer à présenter ma percussion sous forme de performances avec mes oeuvres d’art, dans des galeries ou en concert, peut-être avec l’intervention d’autres musiciens. Me diriger vers une meilleure symbiose entre oeuvres d’art et percussion.

Conclusion de Giuliani :
Un grand merci à Thomas de www.écouter.musique.fr pour cette interview. Il faut absolument des passionnés comme vous pour rendre compte de la création, en l’occurrence musicale, qui n’est pas encore connue ou qui ne passe pas obligatoirement par les grands circuits de distribution et n’est pas formatée à cette fin. C’est parfois, voire souvent, dans ce genre de contexte que l’on peut découvrir de véritables artistes passionnés.
Merci…

One Response to “Giuliani art”

  1. Sympa ton site je suis tombée dessus par hasard… en fait en cherchant des cours de chant…

    Bisous

    A bientôt.

    Estelle

Poster un commentaire