Les Chantres de Saint-Hilaire musique baroque

Les Chantres de Saint-Hilaire nous proposent un voyage dans le temps. Plus précisément une immersion dans la période de la Renaissance. Je suis ébahi par la passion entretenue par ces musiciens qui, pour pouvoir pratiquer la musique qu’ils aiment, sont aussi des historiens. Car ils recherchent, trouvent et transcrivent les rares manuscrits de l’époque. J’espère que vous apprécierez de pouvoir entendre la musique de nos aïeux. Ce qui est rare est cher à nos coeurs. Ecoutez et voyagez.
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2 Ecoutes, cinq questions, interview des Chantres de Saint-Hilaire
- Blog Ecouter de la Musique : Pour faire connaissance, expliquez-nous quelques mots comme primo-baroque sacré, plain-chant, grégorien, chantres, polyphonie, diabolus in musica. Pourriez-vous nous expliquer qui compose votre ensemble et nous énumérer aussi les instruments que vous utilisez ?
Les Chantres de Saint-Hilaire : Notre domaine d’étude et d’interprétation est principalement centré sur la première partie du baroque français, c’est-à -dire ce moment de passage entre le temps de la Renaissance et les prémices de la musique baroque. Cela correspond grosso modo à la période 1550 -1620. C’est une période très excitante, car elle est encore très marquée par les traditions médiévales, par le foisonnement de la Renaissance et débouche déjà sur les nouveautés du baroque : apogée de la polyphonie (constructions à plusieurs voix s’imbriquant les unes les autres), écriture de plus en plus contrapuntique (méthode de composition mathématique pour la recherche de l’harmonie la plus savante), développement instrumental (avec l’arrivée de nombreux nouveaux instruments). Mais elle reste encore marquée par la modalité (les modes grégoriens ou du plain-chant, issus des gammes dites naturelles) médiévale. Le chantre est l’interprète privilégié de la musique sacrée, religieuse, puisqu’il prête sa voix pour chanter la parole divine dans la Liturgie. A cette époque, il interprète parfois librement des choses qui sont encore assez peu codifiées, en tous cas, pas comme aujourd’hui. Notre ensemble est donc composé de plusieurs chantres hommes (de 4 à 8 suivant les programmes) regroupant toutes les tessitures (de la voix la plus aiguë de contre-ténor à la basse profonde). Nous chantons a cappella ou avec quelques instruments anciens : orgue ou clavecin, luth, viole de gambe etc…
- Blog Ecouter de la Musique : Vous connaissez certainement H. G. Wells. Avec la musique que vous jouez et chantez, ne faites-vous pas un réel voyage dans le temps ? La musique apporte de fortes sensations et peut-être source d’identification, ne vous arrivent-ils pas de saisir des pensées qui auraient pu être celles de nos ancêtres ?
Les Chantres de Saint-Hilaire : Nous sommes particulièrement attentifs justement au voyage que peuvent faire les auditeurs lors de nos concerts. Notre but étant de retrouver cette longue tradition, quasiment ininterrompue, de chantres, nous essayons de prolonger ces actions musicales comme des moments de rencontres, fortement basés sur l’émotion, sur la recherche d’harmoniques, faisant appel à de nombreux sens. Pour mieux conduire les gens au voyage, nous les invitons à se dépouiller de leurs vies quotidiennes, parfois agitées, en les introduisant dans le silence, une lumière toute faite de candélabres et bougies et dans les volutes d’encens. Nous essayons au maximum de prendre le temps des anciens, dans un rythme souvent lent, solennel, déconnecté du réel.
- Blog Ecouter de la Musique : Quels sont les chants et les lieus qui vous ont apporté le plus d’émotions ? Est-ce possible pour des personnes qui ne connaissent pas la musique de prendre des cours et d’apprendre rapidement ?
Les Chantres de Saint-Hilaire : La redécouverte des Manuscrits de Bordeaux (que l’on peut dater du début 17ème siècle) est pour nous un moment extraordinaire pour 2 raisons : l’émotion devant un patrimoine régional inconnu ou oublié et celle devant une musique absolument céleste, pourtant bien incarnée, mais comme venue d’un tas d’influences, toutes authentiques, brutes parfois. Réinterpréter ces précieux trésors dans les écrins de nos beaux édifices religieux est un cadeau permanent. Je pense notamment à la cathédrale de Bazas, dont l’acoustique nous entraîne à nous dépasser… en réponse aux grandes orgues dont les tuyaux savent parler à pleine voix. En ce qui concerne l’apprentissage, nous organisons des stages pour commencer à entrer dans ce type de chant, le plain-chant harmonisé (c’est-à -dire en polyphonie), ou le chant grégorien. Même s’il apparaît simple d’abord, introduire ce répertoire est assez long, car il faut du temps pour comprendre le système et l’intégrer pleinement. Cependant, en quelques jours de stage intensif, on peut avoir le plaisir de produire déjà des choses ensemble, entre stagiaires.
- Blog Ecouter de la Musique : Etre interviewé ici, aux côtés d’une majorité de musiciens amplifiés ou qui utilisent l’électronique ne vous dérange pas ? Pouvez-vous nous dresser une liste de la musique diffusée aujourd’hui que vous écoutez ? Que pensez-vous de la relation entretenue par nos grands médias, radios et télévisions, avec la musique ? Musique est religion était liée étroitement, comment gérez-vous cette relation aujourd’hui ?
Les Chantres de Saint-Hilaire : Faire partager à d’autres univers que celui auquel on s’attend d’abord notre musique c’est réellement croire qu’il est accessible au plus grand nombre et, qu’il fait du bien ! Dans un monde agité, je crois qu’il y a un moment, où naît le désir de se poser, de prendre le temps, d’être à l’écoute d’autre chose que des Watts… Notre manière de chanter, qui fait souvent penser aux chants du monde, aux chants corses, aux chants basques…, offre un retour au naturel, au son pur, qui se projette dans l’oreille sans artifice, sans le biais d’autres vecteurs que l’air et la pierre. Il ne faut pas vouloir venir chercher de la puissance. Il faut accepter de sortir de ses propres habitudes, de rencontrer « l’étrange ». Quant à savoir quelle musique diffusée aujourd’hui j’écoute ? Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une musique diffusée aujourd’hui. Ce serait d’ailleurs proprement rasoir et relativement fasciste ! En variété, je ne suis pas très touché par le travail qui se fait car j’ai du mal à comprendre la voix dans un micro… Même si j’apprécie bien le travail de Sting (car il a une vraie voix)… Je suis plus sensible aux musiques du monde, traditionnelles… et aux compositeurs « classiques » contemporains comme Thierry Escaich… Dans les interprètes, je reste fasciné par 3 voix ou 4 voix : Cecilia Bartoli, Natalie Dessay, Philippe Jarousky, Isabelle Desrochers… Là , il y a du métier, un vrai travail sur l’instrument vocal, une maîtrise incroyable et un résultat qui va au-delà de la technique : une émotion qui est capable d’être transmise.
La relation des médias avec la musique se limite la plupart du temps à des objectifs commerciaux. On est dans un cercle vicieux. On met en avant des gens rarement compétents, en basant le tout sur une stratégie commerciale, en restant persuadé que seule la variété parle au plus grand nombre… donc le plus grand nombre ne connaît que ce type de musique. En donnant souvent une fausse image du musicien, du chanteur… France 2 semble faire des efforts à ce niveau. Mais la vraie vie n’est pas une vie médiatique. Nous rencontrons souvent les gens à l’issue des concerts, ou mêmes dans les cours… nous touchons tous les milieux. Il serait faux de circonscrire la musique ancienne à la classe bourgeoise, éduquée etc… La première richesse est culturelle, ne l’oublions jamais. Donc à nous d’enrichir les uns et les autres.
Enfin, concernant la religion, nous sommes effectivement dans une musique sacrée, née et faite pour servir le culte divin. Cette musique ne prend réellement corps que dans cette culture religieuse, qui est le fondement de notre société. La Liturgie reste le biotope de notre chant. Nous sommes donc régulièrement appelés à nous produire dans des services religieux. Mais nous souhaitons aussi aller au-delà car chanter l’Indicible, c’est aussi faire du bien aux âmes là où elles en sont !
- Blog Ecouter de la Musique : Quels sont les plus vieux manuscrits que vous avez découvert ? Vous arrivez à identifier les auteurs ? Arrivez-vous à les lire correctement et les interpréter avec le rendu de l’époque ? Chorales et surtout chants grégoriens sont de plus en plus populaires dans les médias. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Les Chantres de Saint-Hilaire : Votre question pourrait amener une réponse sans fin. Il y a en effet un engouement actuel pour les musiques anciennes et particulièrement le grégorien. Ceci est dû à ce que je rappelais précédemment : le désir d’authenticité, de naturel. L’homme se retrouve dans ce chant, car il redécouvre ses racines. En travaillant, sur de vieux manuscrits, nous retrouvons nous aussi nos racines ; nous approchons davantage des sources de la création artistique. C’est absolument excitant… Pour l’instant nous ne sommes pas remontés avant le 14ème siècle. Même si nous travaillons sur des manuscrits du 8ème siècle qui nous ont été transmis (et donc que nous n’avons pas redécouverts personnellement). Nous avons appris à lire ces écritures, carrées pour la plupart, parfois morphologiques (c’est-à -dire sous formes de dessins). Pour les interpréter, il faut passer par un travail de réécriture afin qu’ils soient plus lisibles. Il faut en effet recouper souvent plusieurs manuscrits pour retrouver l’ensemble d’une pièce. En revanche, les auteurs restent toujours inconnus, car il s’agissait d’un travail souvent collectif, horizontalement (travail d’un groupe de moines par exemple) et verticalement (traditions reçues des anciens et mises par écrit). Il faut bien avoir à l’esprit que cette musique est d’abord orale. L’écrit est un pense-bête qui ne contient pas tout, qui s’ancre dans une longue tradition, celle des chantres justement. Et c’est bien cela qui fait que nous sommes des héritiers et des passeurs de musique !


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