Dd le Malfrat
Ce jour, nous vous proposons une traversée du dessert, un voyage en musique par des mots. Si Dd avait une bosse il serait un chameau. Si la musique était un désert, Dd serait un vaisseau. Il est courageux le bougre. Actif, lucide, amoureux des mots, bosseur, prêt au sacrifice, poête et joyeux blagueur. Mais soyons humble, et sachons nous retirer. Laissons la musique et les mots à Dd en passant simplement à la ligne.
Ecoutez Dd le malfrat, soyez en digne, grand bien il vous fera en vous soustrayant à cet humeur chagrine.
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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Dd le Malfrat
- Blog Ecouter de la Musique : Dd le Malfrat, le nom d’un gang musical révolutionnaire ?
Dd le Malfrat : Quand on s’appelle André, on a des chances de devenir un Dédé… La moitié de mon appellation est donc non contrôlée ! Dédé c’était le surnom des copains, avec Deadzone et Cie… Le Malfrat… (Pour un malfrat, la particule est forcément classieuse !). J’avais 20 ans, et le surnom est venu tout naturellement du fait de la création, en 1985, du groupe Association de Malfaiteurs. Au départ, Association de Malfaiteurs, fut d’abord un combo de ska-funk-rock, comme ça le faisait bien dans ces années-là … Dans ce groupe, j’étais auteur, bassiste, et chanteur. Puis ce fut en 1986 la création de l’association Loi 1901 du même nom, d’abord non déclarée, puis enregistrée en 1989 en Préfecture de la Loire. Nous gérions un bon vieux studio d’enregistrement analogique : 16 pistes à bandes 1/3 de pouce doté de 3 cabines de prises de son. De plus, nous avions également construit 2 studios de répétition équipés. Nos activités regroupaient la gestion de ces studios, la sonorisation et la production de spectacles vivants, la production phonographique, et la formation professionnelle aux métiers du spectacle. Nous développions également beaucoup de collaborations avec les associations du coin essentiellement pour défendre la création musicale et le maintien des rares lieux de programmation à Saint-Etienne. Le nom n’était pas discret et nos prétentions à vouloir faire non plus… Pour l’anecdote, les cartes grises des véhicules et les carnets de chèques étaient, bien évidement, libellés Association de Malfaiteurs ! Ainsi que les tags sur le matos son et sur nos tenues de bagnards dont le matricule était le n° de téléphone de l’association. Ce qui nous procurait des parties de franches rigolades quand on se faisait arrêter par la maréchaussée en revenant à 5h du mat de sonorisation… Mais pas toujours, remarque… Enfin, rien ne vaut la tête éberluée d’un gendarme en présence d’une Association de Malfaiteurs interdite par la Loi et autorisée par une autre… Vive la Loi de 1901 ! Notre appellation contrôlée avait évidemment plus de succès auprès de nos différents publics qu’auprès des autorités, des politiques, et des institutionnels… Nous avons même eu droit, les premiers mois, à une surveillance ectoplasmique de nos amis des RG… Mais j’en fus plutôt satisfait, considérant qu’il était plus probant que l’on sache exactement ce que je tentais de faire dans le paysage culturel local, et ce qui se passait dans nos locaux ; plutôt que de laisser les rumeurs ou les fantasmes alimenter les frilosités déjà conséquentes des édiles et autres autorités locales. J’ai présidé aux destinées & dirigé les activités de l’Association de Malfrats de 1986 à 1993. Leitmotiv : « Puisqu’il n’y a rien, c’est qu’il faut faire ! ». Ce fut quelques années où je me suis frotté aux politiques culturelles, aux réalités financières, aux querelles de clans, aux égoïsmes, élitismes, récupérations et incompréhensions de toutes sortes… Mais, la forte teneur créative locale, le vent en poupe, armé d’une inconscience financière solide et déterminée, et épaulé d’une sacrée équipe de fines lames ; j’ai pu défendre, promotionner et faire reconnaître, grâce à l’association et notre SARL nommée UES, (Unité d’Enregistrement Stéphanoise, créée en 1989), la réalité des talents et des besoins des musiciens amateurs et professionnels de notre région. Quelques 300 maquettes, 22 albums, (de Jazz, rock, blues, rock alternatif,…), et plus de 400 sonorisations, de concerts, ont été réalisés par l’Association de Malfaiteurs, pendant que plus de 150 groupes ont fréquenté nos locaux… Ainsi, le surnom s’ancra à moi comme une deuxième ombre… Mais, très vite, le poids des responsabilités au sein de ces structures et le temps que j’y consacrais (j’y vivais, j’y dormais), m’ont bouffé la vie ; jusqu’à terme je ne fasse pratiquement plus de musique. (J’ai d’ailleurs dû stopper ma participation dans les trois groupes dont je faisais parti..). Après l’arrêt des activités de l’association, je suis revenu tout naturellement à l’écriture et à la scène… On ne se refait pas. ! A partir de là , le Dédé des Malfrats est devenu Dd le malfrat… Et j’enchaîne depuis les créations et aventures musicales au sein de multiples formations. La dernière en date ?… Les Doigts Nickelés, Chansons R’N'R !
- Blog Ecouter de la Musique : Expliquez-nous le rôle de la BelleMadounna ?
Dd le Malfrat : LaBelle Madouna est l’expression d’un marivaudage créatif… Il y a la Belle, et puis… la Bête… Simple logique, car effectivement, objectivement, elle est belle LaBelle ! Moi, je suis le plantigrade bourru, l’âme repeinte en noir, l’artiste motsdits ! Elle est mon soutien indéfectible, ma figure de proue qui m’accompagne dans tous mes voyages culturels et musicaux ; et qui me donne le La de l’horizon à atteindre… Elle qui me protège de la houle et des grains, elle… Elle, qui me donne soif et envie ! Plus prosaïquement, LaBelle Madouna prod est une structure associative animée par Nadia, qui en est la présidente, et par moi-même qui en assure la direction artistique. Stéphane et JC y assurent la production informatique et le webmastering. Grâce à cette structure nous gérons l’organisation de soirées, de concerts, ou de mini festivals. Egalement, tout ce qui touche à la conception, la réalisation et la communication promotionnelle de mon album, Chansons hétérogènes, et de notre groupe, Les Doigts Nickelés. Et, en amont, toute la production phonographique de votre serviteur. LaBelle Madouna est donc un tout petit label indépendant et un organisateur occasionnel de spectacles.
+ Tapez : www.labellemadouna.org
++ 1clic infos : Les Doigts Nickelés
- Blog Ecouter de la Musique : Rock, chanson française, musique celte, orientale, blues, que préférez-vous ?
Dd le Malfrat : Je n’ai pas de préférence de style, je suis ouvert à la diversité, à la richesse de ce patrimoine mondial qui s’auto alimente et qui n’en finit jamais de réinventer dans le partage du sens, comme dans l’opposition des sens… Et sans rentrer dans des querelles d’Experts autoproclamés, il n’y a pas La Grande Musique, les Variétés et le R’n'Roll… Il y a, la Musique, ce champ infini des variations à explorer, ce chemin de traverse qui nous mène à l’autre, ( l’autre artiste, l’autre public) ; ce véritable espace de liberté où l’on peut rêver, comprendre, construire, échafauder, se consoler, aimer ou crier… Sinon, ce n’est que de la gestion de public bien endoctriné, bien ordonné… Du sectarisme individualisé pour des publics, ainsi, toujours mieux manÅ“uvrés, dont les goûts et les couleurs sont rationalisés… La liberté réside dans le recul que l’on peut porter à l’offre, la curiosité dont on peut faire preuve,… Une certaine conscience de l’esgourde, si je puis dire ! Une démarche volontariste dans la découverte ne vient pas toute seule… Et l’on pourrait, à ce propos, facilement regretté que nous n’ayons pas développé une éducation auditive et culturelle dès le plus jeune âge… Heureusement, que l’auto-éducation existe ! En fait, je n’aime pas ce qui est facile, suranné, trop emprunté… J’aime la chanson, … la chanson : parce qu’elle peut être blues, pop, rock, celte, orientale, française, du monde… Parce qu’elle permet la poésie, le texte, l’histoire, le souvenir, la perspective… Parce qu’elle peut être populaire, sans être populiste, érotique sans être vulgaire ; politiquement incorrecte et bien mise sur elle, transcendantale et onirique, sans dogmes ni églises… Parce que la chanson de qualité ne vous fait pas payer sa bonne facture, à contrario du bizness mondial qui vend des savonnettes comme des armes, des armes comme des disques… (un skeud pour un scud !) Des disques à consommer sur place comme des Å“uvres impérissables ! Alors oui, j’aime tous ces genres, et même les autres ; j’aime leurs points d’accroches, leurs exécutions parallèles, simultanées, leurs vibrants partages… Cette grosse veine d’irrigation que les genres éclairés nourrissent pour que l’imagination perdure, que l’Homme s’interroge, trouve du repos, de l’énergie et, finalement, s’épanouisse… Que nous disent d’autre les perlés de la sueur du Blues, que l’on retrouvent dans toutes ses déclinaisons musicales actuelles ?! Et puis, si dans les années 60 c’était une révolution d’insérer des arrangements cordes sur de la musique pop… Ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Et c’est dans les jeunes générations que l’on voit bien que le patrimoine musical est re-digéré, pour, à part les mièvreries pré-fabriquées, instaurer une certaine liberté de création, de ton, de prospective… S’approprier les frontières musicales pour s’en nourrir, pour mieux les enfoncer, pour mieux les sublimer : une démarche salutaire ! Le fondement même de la musique contemporaine. Et, quoi qu’en dise la pseudo intelligentsia conformiste, une forme certaine de respect. Même si certains utilisent ce leitmotiv pour excuser leurs facilités très empruntées, tirant plutôt vers le bas nos feuilles de choux et sa grosse caisse neurologique, flattant par là -même nos petites fainéantises latentes… ou, malheureusement parfois, récurrentes ! Heureusement, le gros des nouvelles générations d’artistes et de publics est ouvert, conciliant, constructif… Désinhibé, désinvolte, débordant, déconcertant !… En avant la Zizique donc, comme dirait Boris !
- Blog Ecouter de la Musique : Qu’est-ce qui vous fais pleurer, vomir, danser ou rire, dans le monde de la musique ?
Dd le Malfrat : Pleurer ? : Les crottes de chiens devant les maisons de disques !… Les chansons sur la vie de couple, le quotidien, l’ordinaire, le dentifrice et les descentes de poubelles ! Vomir et rire ? (je vais mettre les pieds dans le plat, si j’ose dire…Tant pis si je passe pour un prétentieux mal dégrossi !) : La démagogie qui se la joue modeste pour mieux se la péter aux miroirs aux alouettes des Petits Cafurnons Spectaculaires… Ce jeu, élaboré, des fausses modesties assez répandues de nos jours qui consistent à porter de fallacieux respects, d’égal à égal ; en se prenant d’exister par ce qui est, indéniablement, l’autre, un autre… Si on y regarde de plus près, c’est plutôt l’expression d’une récupération négationniste d’illustres artistes connus ou inconnus… Au lieu de simplement s’alimenter, avec l’honnêteté requise, du plancton sans cesse renouvelé que nous livrent à jamais les marées de créations de nos aînés ; l’on brode plus facilement sur des inventions réinventées, des trouvailles synonymes, des emprunts déguisés que l’on s’attribue sans coup férir, d’autant plus facilement que le talent est rare et le travail difficile… D’aucuns qui se croient obligés de nous faire subir leurs réadaptations mièvres et intéressées, feraient mieux de s’abstenir… Encore vomir ? C’est la Gerbe d’Or, alors… Pensons à eux, ils ne mériteront jamais assez !… Les producteurs surbookés, les programmateurs qui ne vont jamais aux concerts, les piles de cédés dont on écoute que les 6 premières secondes, les plans arrangés à l’avance, la sélection par le carnet d’adresses… Et le « bizness », qui pleure sur ces artistes rares, et dans le même temps, pilonne de fait, l’émergence de l’essentiel des nouveaux talents. Bien sûr, l’acte de création reste impudique même à vouloir s’exprimer protégé… Qu’il livre nos secrets, nos passions et nos regrets, en pâture à des écoutes attentives et critiques, ou à des interprétations faciles ou disproportionnées… Souvent à un mépris affiché. Et, finalement qu’il faut l’accepter sans se taire… Mais c´est pénible de devoir choisir, ou que l’on choisisse pour vous, un emplacement dans les cassetins médias spectaculaires, qui, forcément, vous restreindront, ou vous enlumineront de paillettes dénominatives… Heureusement l’underground procure, avec quelques ténacités ténues dans la diversification à la marge, quelques lucides libertés de positionnement et des apparitions dans des cases improbables… Une certaine liberté de ton ! Je suis donc résolument contre le racisme musical. L’ostracisme mercantile de la civilisation des loisirs est ce qu’il est : moi, je ne suis qu’un homme, tout au plus un honnête malfrat… Mes références me tiennent en respect ! Ce sont mes consciences de coeur… Si je fais mine de bouger une oreille vers la facilité, elles me flinguent ! D’où, également, une propension à niveler par le haut les quelques écrits et compositions que j’ai pu commettre, quitte à détruire systématiquement la plupart de mon travail…
- Blog Ecouter de la Musique : Avec du recul, que pensez-vous de votre album « Chansons hétérogènes » ? Etes-vous satisfait de son impact ?
Dd le Malfrat : Disons que j’ai un recul tout relatif… Localement cerné, mais balbutié médiatiquement parlant ! Du fait de la pendule et de l’exposition. Du fait du cadre de production aussi. Du fait des moyens promotionnels, enfin. L’album est un assemblage de deux enregistrements, il a réuni une vingtaine de musiciennes et musiciens de la région Rhône-Alpes pour une production indépendante dont le budget, et donc le temps alloué, fut très modeste…Et pourtant, ce fût une prod ambitieuse et joyeuse !… Tout s’est donc joué sur l’Humain, les talents et l’envie. Reste que le but était de le réaliser et de le faire découvrir… Pour ce qu’il est, et pour ce qu’il pourrait devenir ! J’ai eu tout d’abord de très bons échos des » professionnels de la profession » et de mes collègues artistes. Ensuite, une bonne couverture médiatique indé l’a gratifié d’une bonne vingtaine d’articles, de chroniques ou de critiques… dont 2 très mauvaises, ce qui est toujours bon signe ! Les retours publics sont bons également et l’on sent bien que c’est un album à écouter… et à réécouter !… Un album qui déroute souvent au prime abord, parfois irrite, fais se marrer aussi, réfléchir… ( un gros mots ?). Je suis aussi heureux que les textes ne laissent pas indifférents, car pour moi c’est 50% de cette galette ! En résumé, je ne suis évidement pas satisfait de la production de cet album, du fait des moyens que je pouvais mobiliser et du temps que nous avons pu y consacrer… Mais je suis très heureux du déroulement de cette aventure immortalisée : pour les rencontres et les talents conjugués, pour ce melting potes, et pour les moments rares de grâce musicale… Je sais aussi qu’a trop attendre LA PRODUCTION, on ne fait rien ! Qu’il est très facile de se draper dans un suaire d’exigences qui ne rencontrera pas forcément les moyens nécessaires, au risque de tout laisser au stade larvaire, dans une jachère à rêves inassouvis… Et donc même si le résultat n’est pas parfait, je suis satisfait d’avoir mené cette barque loufoque chantante au mieux de nos moyens, au mieux de nos envies. Ce n’est qu’un modeste sillon, et les graines sont semées !…
De son impact ? A l’échelle indé, je pense que c’est difficile de faire mieux… Ils nous manquent maintenant de valoriser ces « impacts », pour signer une prod plus conséquente et une distribution….
C’est d’ailleurs à quoi on s’attelle cette année, en sus de nos concerts : solliciter labels, tourneurs et distributeurs…
Et puis d’ici à 2009 on prépare un enregistrement de mes nouvelles compos et de celles qui n’ont pas été enregistrées à ce jour.
En attendant, vous avez l’album.
Conclusion de Dd le Malfrat :
… Je me rappelle la fin d’une de mes nouvelles :
» Je suis dans la con-clu-sion, con-clu-sion, conclusion con.
Ca vous intéresse qu’elle soit en réunion ?
Votre nom s’il vous plaît, vous avez les oignons ?
Non, alors… C’est la prison ! »
» Très chère, il ne nous reste que les oignons pour pleurer !… »
Ou alors, en guise de conclusion-bis, au choix, ou pas ! Comme vous voulez, courageuses et courageux qui avait lu jusqu’ici…
Et Vu les diatribes fumeuses que je viens de vous asséner plus haut… un p’tit aphorisme : » Le défoulement est à l’Homme, ce qu’est la promenade au chien d’appartement ! »
Portez-vous bien, viendez en live, and keep the beat !
Dd.

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