Philippe Rochefort chanson francaise

Philippe RochefortDu charme, du charme et encore du charme. Si nous pouvons nous permettre de résumer Philippe Rochefort, nous le ferons ainsi. Ils sont rares les artistes dont l’envergure charismatique s’impose ainsi et avant tout. Une voix chaleureuse et douce qui vous entraîne avec émotion vers des couleurs feutrées. Une musique qui enrobe les mots avec bienfaisance. Sans écouter, vous savez presque tout. Il reste le surprenant. L’incroyable est de voir ce profil non soutenu par une maison de disque. Dommage pour eux et tant mieux pour nous, c’est grâce à cela que nous pouvons l’écouter. Profitez-en, cela risque de ne pas durer.

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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Philippe Rochefort
- Blog Ecouter de la Musique : Philippe, d’où venez-vous et qu’est-ce qui vous préoccupe aujourd’hui ?
Philippe Rochefort : Mon père Catalan était musicien et médecin dans la ‘Coopération ». J’ai passé une partie de mon enfance en Afrique : au Gabon et au Sénégal – ce qui me marquera beaucoup, pas seulement musicalement. Puis j’ai habité Marseille, et Rochefort (plus tard, j’imiterai Murat, qui a emprunta le nom de son pays) où j’ai joué dans des groupes. Je suis parti ensuite étudier les Beaux Arts à Paris, j’y ai vécu quelques années. Aujourd’hui je vis à la campagne. J’ai toujours écris des chansons. Je gagne ma vie surtout comme illustrateur dans la pub, l’édition… Je pense qu’il faut être complètement cinglé pour aller se présenter devant un auditoire quel qu’il soit et tenter de dire quelque chose qu’on croit intéressant … Je pense finalement être un peu cinglé.

- Blog Ecouter de la Musique : De vous se dégage une dimension énigmatique. Une face cachée qui semble plus importante en vous que chez d’autres artistes. Que pouvez-vous nous dévoiler ?
Philippe Rochefort : Vous trouvez ? Je suis peut-être comme ces femmes qui refusent de coucher le premier soir…. J’écoutais hier le titre d’Adrienne Pauly : « J’veux un mec ». Son texte est fort, ravageur, simple. Rock. J’ai parfois envie d’écrire comme ça, mais je n’y arrive pas. J’aime plus encore le suintant, le suggéré, le jeu des mots, l’ambiance, les ellipses , l’attente, la licence (poétique), le grand écart entre la fragilité et la violence du désir, les illusions de l’ego, le bonheur perdu ou renié…l’ambiguïté en somme. Musicalement, j’aime les accords chargés, migraineux et dissonants, plein de misère et d’étrange. Il y en a beaucoup dans le jazz. Il se passe forcément « quelque chose » quand on compose (ou autre création), pour peu qu’on essaye d’être sincère. Ce moment est unique et non reproductible. Comme une petite aventure. C’est « quelque chose ». Quoi ? je ne le sais pas à l’avance. Moi, J’essaye juste de rester sur le fil, ou au bout du fil, de faire – de laisser faire plutôt. Un mot, un son en entraîne un autre, puis une image, une phrase, une ambiance. Je pars sans idée préconçue – avec mes influences bien sûr, mais sans recette, ni réel sérieux. Sans jugement. Ça évite le consensuel ennuyeux, l’intellectualisme, et la moralisation casse… pied. De plus, on se ménage de sacrées surprises car ce qui apparaît alors n’est pas forcément politiquement correct. Essayez donc ! Exemple : « L’amour noir ». C’ est ma chanson la plus téléchargée. Lors d’une rupture un être littéralement crucifié parle dignement, trop poétiquement, les images viennent. L’ambiance est super triste. Mais on se demande pourquoi il reste si digne. Je suis parti de ce cri : » Pauvre conne  » Et le reste est venu. La structure d’un blues classique s’est imposée d’elle-même. Je ne déciderai jamais de faire une chanson pour ou contre le Pape, ou sur Sarko ou Ségo, ou pour faire pleurer sur la pauvreté. Quelle démagogie ennuyeuse ! (Par contre ça et là vous trouverez j’en suis sûr quelques restes d’anarchisme juvénile) . Je ne suis pas de ceux qui argumentent, qui raisonnent, qui pérorent. Je n’ai jamais raison et je sais que ce n’est pas la raison qui fait le monde. Ça se saurait….Quand j’écoute une chanson, j’aime bien cette possibilité d’y rêver ce que je veux. En revanche quand j’en fais, je laisse toujours une clé quelque part. J’aime bien ce que disait Léonard Cohen, qu’une chanson doit pouvoir passer de coeur en coeur

- Blog Ecouter de la Musique : Pour qu’un artiste musicien avance aujourd’hui il faut principalement. Une belle gueule ? Deux rames ? Du temps ? Du talent ? Un mécène ? La Star’Ac ? De l’argent ?
Philippe Rochefort : Excusez cette image inspirée de Baudelaire. N’importe quelle lame bien aiguisée peut pénétrer la peau. C’est tout con mais ce qui compte c’est d’y aller sans crainte et de… faire. Pas de demi-mesure, de mièvrerie, épurer, se débarrasser des oripeaux. Sans penser sécurité, ni à plaire à tout le monde, ni aux conseils des imbéciles, ni à la sape des aigris. Bon, c’est pas évident non plus. Pour moi en tous cas il faudra du temps pour que ça bouge un peu : j’ai 46 ans et pourtant, je n’ai pas commencé tard : J’écris des chansons depuis que j’ai 12 ans. Je suis du genre escargot croisé tortue tu vois. Pas pressé. Je n’ai jamais lâché l’affaire pour autant, Je ne serai jamais Jordi, voilà tout. Oui je sais, pour la Star?Ac c’est un peu trop tard. A vingt ans j’aurais de toute façon chié dessus. Bon, j’entends ici ou là les pleureuses, les grognons, ils vous feraient suicider avant l’heure. Comme quoi dès la trentaine c’est râpé, foutu, faut pas rêver, etc. Ils sont cons et vieux. Qu’espèrent-t-ils ? Moi en tous cas rien. Ainsi je suis libre, je fais – merci mon Dieu et le Net – ce que j’ai envie de faire. Et comme disait Brassens (qui a commencé tard), « si mes chansons vous plaisent, je les chante dare-dare, sinon je les remets dans ma guitare ». Il faut dire que je gagne honnêtement ma vie ailleurs.

- Blog Ecouter de la Musique : De quel oeil voyez-vous le mariage du monde de la musique et du média internet ?
Philippe Rochefort : D’un bon oeil. Je me souviens la première fois que j’ai posté une chanson sur le site Audio fanzine (janvier 2006). Quand j’ai vu que 50 personnes l’avaient écoutée en 2 heures…Mes murs et ceux qui y habitent s’en souviennent encore. Et cette amitié que j’entretiens avec Paul Mc Cartney et Juliette Binoche sur Myspace, c’est -y pas réjouissant ? Rien que ça, c’est génial. Internet, c’est le bon génie des timides, un Sésame pour tous les réservés du monde.
Est-ce que ça va intéresser quelqu’un ma chanson? Sais pas. Sans internet je n’aurais jamais été écouté parce que je ne suis pas monté sur scène depuis mon adolescence. Il ne s’agit pas (seulement) de flatter l’ego. Sans tous ces téléchargements d’internautes, ces écoutes, ces encouragements, je ne serai pas en train de vous parler de mes belles salades. De plus, Sans la MAO qui s’est développée en même temps, je n’aurais jamais eu le temps ni les moyens de sortir tout ce que j’ai sorti et que je vais sortir. Mais j’espère monter sur scène un de ces quatre, pour voir. Comme St Thomas. Parce qu’on dit que tout le monde ment sur internet…

- Blog Ecouter de la Musique : Demain, sur quel tempo se déroulera la carrière de Philippe Rochefort ?
Philippe Rochefort : J’ai 22 titres en vente (en ligne) chez 121 MusicStore depuis peu. C’est idiot, mais le fait de savoir que des personnes ont achetées mes chansons (il y en a,!) me rend complètement fou. Je m’inscris à des cours de chants….Je vais bientôt je pense, être distribué par un label Pro. Tout ça m’éclate, C’est un prétexte pour réaliser des choses et me la raconter un peu . Par contre je me vante d’être paresseux mais je me suis découvert bosseur. Peut-être parce que je ne m’ennuie pas pour une fois. Les choses avancent, les propositions arrivent. Je cherche des musiciens (pop, blues, jazz, rock) pour jouer sur scène, cette idée me rend fou de joie. Si ça interresse quelqu’un je passe ici une annonce (j’ai des contacts à Paris, mais pour l’instant ça se situe aux alentours de Milly La Forêt le 91 et le 77) et c’est en version « béta ».

Conclusion de Philippe Rochefort :
Merci pour cette interview. Pendant quelques instants, je me la suis pété grave et c’est bien agréable. Rappelez-moi quand j’aurais explosé l’industrie du disque.

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