Chrysalide

ChrysalideAlors là. Nous ne rions plus. Oui, le rire est le propre de l’homme mais il s’agit ici d’une musique non pas sérieuse, mais à prendre plutôt au sérieux. Saisissez-vous la nuance ? Non ? Alors lisez et écoutez « Chrysalide » et vous comprendrez mieux. Des jeunes gens d’une grande qualité et d’un avenir certain. Que dire de plus ? Action.

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2 Ecoutes, cinq questions, interview de Chrysalide

- Blog Ecouter de la Musique : On peut penser que vous êtes conscient de produire une musique hors du commun. Cela provient-il d’une volonté, d’un choix, d’une obligation ?
Chrysalide : Aucune musique n’est hors du commun, elle ne peut être considérée comme telle qu’à travers les paradigmes musicaux de l’auditeur. Quitte à donner un épithète ronflant, nous préférons la qualifier d’extraordinaire au sens étymologique du terme, c’est-à-dire sortant de l’ordinaire, d’un ordinaire musical malheureusement trop présent dans l’industrie du disque ces dernières années.

Nos choix en matière de conception musicale ne proviennent ni d’une volonté, ni d’un choix, ni même d’une obligation. Cela fait maintenant près de dix ans que Chrysalide existe, avec des évolutions et des changements d’approche musicale, certes, mais fondamentalement, notre vision de la musique est restée la même au fil des ans. Ayant commencé à jouer ensemble jeunes, le style s’est imposé de lui même, puisqu’il s’est affiné aux cours de ces années où se forgent la personnalité d’un individu. Dès les origines de Chrysalide, les textes étaient déjà écrits en partie, et ceux-ci ont donc largement influencé la composition. On ne pouvait décemment pas imaginer, sur ce type de paroles « un bon vieux rock bien rétro ».

- Blog Ecouter de la Musique : Il semble que vous vous appliquiez particulièrement à l’écriture des musiques et des textes. La réflexion aurait-elle plus d’importance pour vous que la sensation ?
Chrysalide : Pour faire un parallèle existentialiste, permettez-nous de citer Sartre : « L’existence précède l’essence ». Ainsi, si nous donnons l’impression de favoriser la réflexion à la sensation, c’est que nous nous efforçons sans cesse de prendre du recul sur notre conception musicale, afin de justifier nos choix et nous améliorer. Dans tous les cas, réflexion et sensation sont deux choses très différentes. Si la réflexion s’apparente à un travail, alors toutes les oeuvres sont réfléchies, aussi émotionnelles soient-elles. Si l’émotion s’apparente à la spontanéité et à l’improvisation, alors une somme de travail préalable non négligeable est nécessaire pour aboutir à, par exemple, une phrase musicale transcrivant l’émotion, la sensation, que l’interprète souhaitait transfigurer. Prenons l’exemple de la symphonie « pathétique » de Tchaïkovski, qui fut écrite quelques mois avant la mort du compositeur. Elle constitue son oeuvre la plus sombre, la plus poignante ; et pourtant, c’est la dernière qu’il ait écrite. Toute son expérience était donc derrière lui. L’ensemble de son répertoire était donc le pré-requis nécessaire à la composition de sa symphonie la plus personnelle ; l’émotion succédant ici à la réflexion.

- Blog Ecouter de la Musique : Pensez-vous qu’il soit possible d’écrire une composition parfaite ?
Chrysalide : Encore une question très subjective. Un auditeur doté d’une culture musicale très différente de la notre aura une notion de la « perfection » également très éloignée de nos critères esthétiques. Certes, on pourra rétorquer sur le thème de l’universalité du beau, qui parfois constitue un beau « objectif », considéré par tous comme un canon esthétique. Par exemple, tout le monde s’accorde sur la qualité musicale de certains titres des Beatles, ou sur la qualité d’écriture de compositions telles que le thème du printemps tiré des Quatre saisons ou encore de certains classiques du Rock’n'Roll tels que Louie Louie. Ils n’en sont pas pour autant des témoignages de la perfection musicale, mais un aboutissement certain pour les compositeurs dans leur style de prédilection, aboutissement acclamé par un large public.

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas la prétention de proposer des titres d’une universalité incontestable, mais nous tâchons, autant que possible, d’atteindre le point d’imperfectibilité inscrit dans un référentiel de temps et de moyens.

- Blog Ecouter de la Musique : Considéreriez-vous notre époque comme étant décadente ?
Chrysalide : « Même Led Zep’ n’a pas écrit des chansons universelles, ils ont laissé çà aux Bee Gees ». Cette réplique du film Wayne’s World est un témoin objectif de la déréliction de notre époque. A notre sens, il manque effectivement des chansons universelles à Led Zep’, avec tout les problèmes que cela suppose, Cf. notre réponse à la question précédente. Leur tentative avortée, parce que mécomprise par les télévangélistes, d’oeuvre à portée universelle absolue (est-il d’ailleurs besoin d’en citer le titre ?) s’est soldée par un échec cuisant. Que soit en lecture normale, ou à l’envers, ou même par quelque mode de lecture que ce soit. Ceci dit, si on considère l’oeuvre de Jérome Bosch, on aurait tendance à considérer que son époque était tout aussi décadente, ainsi peut-être est-ce un des symptômes d’une société en bonne santé que de s’autoproclamer « décadente ». D’ailleurs, on peut même trouver une certaine classe et un certain standing dans la décadence, comme nous le montre les témoignages d’époques sur la grande Rome et surtout sur sa fin.

- Blog Ecouter de la Musique : Vous jouez, vous travaillez, vous vous cultivez. Tout cela pour atteindre quel objectif ultime ?
Chrysalide : Tiens, voici trois choses complètement antithétiques. Ma grand-mère, lors de soirées bien arrosées disait souvent : « L’objectif ultime, c’est la conservation de l’espèce ». On peut donc considérer que nous jouons (aux petits chevaux), nous travaillons, nous cultivons notre potager aromatique au seul profit de la conversation de l’espèce. Mais cela n’est-il pas d’un Darwinisme déprimant et délétère ? Ma grand-mère disait encore (elle avait quarante ans en 1969) que « l’objectif ultime, c’est la lune (de préférence avant les bolcheviks) ». Et, qu’il l’eu crût, my grand-mother was right. Mais à l’époque, qui jouait ? travaillait ? se cultivait ? C’était bel et bien David Bowie. Lorsque Space Oddity accompagna les premiers pas et pirouettes lunaires de Neil Armstrong, Astride (ma grand-mère) pleurait. Aujourd’hui, Astride a soixante dix-sept ans et, depuis trente-sept ans, ses glandes lacrymales sont sèches, telles le Sahel au mois de septembre. A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Objectif Lune renaît de ses cendres encore fumantes à Cap Canaveral. En effet, nos partenaires d’outre-atlantique ont débloqué des milliards de dollars et fixé un ultimatum de quatorze ans pour tout dépenser et accessoirement renvoyer un gentil volontaire sur l’astre argenté qui irise nos nuits pas pluvieuses, et ce, en chatoyant toujours du même côté. Aussi, afin de satisfaire les glandes lacrymales d’Astride, nous jouons, travaillons, et nous cultivons, tout cela pour atteindre l’objectif ultime : La Lune. Imaginez : un ambassadeur du peuple au drapeau aux étoiles, aux rayures bariolées et aux stetsons, foulant de son pied une terre à la gravité dix fois moins importante que la notre, et effectuant moults galipettes et sauts de cabri pour l’homme, mais quand même aussi un deuxième grand pas pour l’humanité au son astral de la musique chrysalidienne. Ainsi, quand l’humanité dira, On a [re]marché sur la Lune, se bousculeront, dans l’inconscient collectif, les harmonies et accords de David, de Jacques, de Geoffroy, qui partagerons le trône au panthéon de la musique qui a marqué les époques (aussi décadentes soient-elles). Telle sera notre réponse. Zardoz has spoken.

Conclusion de Chrysalide :
Tout d’abord, merci à écouter-musique.fr pour nous avoir offert cet espace d’expression. Pour ce qui est de l’actualité du groupe, à ce jour du 27 Mars MMVI, nous venons d’achever notre deuxième album, La Chute, qui est en fait l’introduction de la trilogie Chrysalidienne. Le titre La Peste, en écoute sur ce site, en est un extrait. En outre, nous vous rappelons que nous sommes téléchargeables sur Jamendo.com et qu’un complément d’information est disponible sur le site web de la formation : apreslachute.com.

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